AVS / Photographie
Pourquoi une bonne photo doit parfois être écartée
YETA – Your Eyes To Art · Réflexions sur la photographie
Une série photographique naît aussi de ce que l’on choisit de laisser de côté. À propos des images préférées, des répétitions et du courage de donner de l’espace à une séquence.
L’image préférée n’est pas toujours la bonne
Une photo peut convaincre à elle seule et affaiblir malgré tout une série. Peut-être attire-t-elle toute l’attention par un contraste puissant. Peut-être raconte-t-elle une histoire qui a peu à voir avec les autres images. Ou répète-t-elle une idée que la photographie précédente formulait déjà plus précisément. Lors de la sélection, la question n’est donc pas seulement : cette photo est-elle bonne ? Mais aussi : que change-t-elle dans la séquence ?
Ce n’est pas confortable. Certains clichés sont liés à des souvenirs : une longue promenade, un moment surprenant, l’attente de la bonne lumière. Les spectateurs ne connaissent pas cette histoire préalable. Ils voient ce qui reste dans l’image. Une sélection gagne en force lorsque nous pouvons distinguer les deux : l’importance d’un cliché pour nous et son effet sur les autres.
Ce qu’une image apporte
Place deux photographies semblables côte à côte. Regarde d’abord leurs différences : direction du regard, distance, lumière, posture, arrière-plan. Décide ensuite si chacune apporte réellement quelque chose qui lui est propre. Une répétition peut créer un rythme. Mais elle peut aussi simplement confirmer ce qui est déjà visible depuis longtemps. Si retirer une image rend la séquence plus claire, sa place est peut-être dans une autre série.
Il vaut aussi la peine de regarder les transitions. Après une scène de rue dense, une image calme peut ouvrir le regard. Un geste peut trouver un écho dans une ligne de l’image suivante. Ces relations n’ont pas besoin d’être expliquées pour agir. Elles naissent dans le regard et se transforment dès que l’ordre change.
Un début, une pause, une résonance
Le début peut éveiller la curiosité sans tout révéler d’emblée. Au milieu, une séquence a besoin d’évoluer : un déplacement de l’atmosphère, une autre distance, peut-être une rupture. La dernière image n’a pas besoin d’être la plus éclatante. Parfois, c’est précisément celle qui laisse une question ouverte qui reste en mémoire.
Il n’existe aucune formule fixe pour cela. Une série peut être régulière et rigoureusement construite ou sembler procéder par bonds. L’essentiel est que sa forme convienne aux images. Un ordre dramatique sert peu s’il impose aux photographies une histoire qui n’est pas inscrite en elles.
Un petit exercice de soustraction
Choisis six images autour d’un thème. Donne à chacune une fonction : ouvrir, intensifier, contredire, apaiser ou résonner. Retire-en ensuite une. Manque-t-il vraiment quelque chose ? Échange deux positions. Un nouveau lien apparaît-il ? Regarde à nouveau la séquence plus tard, si possible sans les titres des images. Si seule une longue explication lui donne sa cohérence, un nouveau passage mérite d’être tenté.
Les images écartées n’ont pas à disparaître. Conserve-les. Peut-être portent-elles une autre histoire. Le travail de sélection n’est pas un règlement de comptes définitif avec ses propres archives. C’est une décision sur les images auxquelles nous donnons aujourd’hui une scène commune.
Une coupe juste ne prive pas une série de ses possibilités. Elle rend sa direction visible.
De l’idée à la séquence d’images
Dans Between Light And The City, trois œuvres de Matti Duerr se rencontrent. Regarde-les dans l’ordre présenté, puis à l’envers : quelle atmosphère change ? Quelle image semble soudain pouvoir être un début ?